Petites réflexions sur les nouveautés ou les vieilleries* revisitées

Les vieux rôlistes le savent bien, lorsqu’un nouveau jeu sort les acheteurs potentiels se posent quelques questions avant de souscrire (ou alors c’est un achat pulsionnel, mais dans ce cas nous ne sommes clairement pas dans la réflexion).

Est-ce que le jeu correspond à mes attentes ? Est-ce qu’il vaut son prix ? Une belle campagne va-t’elle me permettre de bien m’approprier le jeu ?

Et plus généralement : Quel suivi va-t’il avoir ?

Quand on voit certains éditeurs mettre plus de 3 ans après la sortie d’un livre de base pour parler d’écran, c’est toujours une galère.

Quand un éditeur qui traduit une gamme bâcle le suivi de là-dite gamme et ne sort pas les derniers suppléments, c’est assez problématique.

Je vois des joueurs repousser leurs achats parce qu’ils ont été déjà passablement échaudés. Ce qui conduit à une prédiction autoréalisatrice : l’éditeur ne vendant pas son jeu, il arrête là gamme et les clients se disent qu’ils ont bien eu raison de ne pas investir.

Personnellement je ne vois pas ce que le Jeu de Rôles y gagne…

Théorie des jeux et engagement crédible

Je vais prendre un petit exemple pour appuyer mon propos : deux armées s’affrontent pour le contrôle d’une petite île. Chaque armée est sur une berge et accède à l’île par un pont. Au grès des assauts, une armée puis l’autre contrôle l’île. Il suffit d’un peu d’intensité pour que l’armée qui possède l’île tant convoitée se fasse repousser en minimisant ses pertes.
Jusqu’à ce qu’une armée montre sa détermination à ne pas lâcher l’île. Une fois l’île reprise elle détruit le pont qui lui aurait permis de fuir. Sans possibilité de fuite facile, le combat mènera donc à un massacre et les deux armées perdront grandement.

Un autre exemple bien connu des rôliste (et peut être un peu fantasmé), c’est le cas du capitaine pirate qui saborde son bateau avant un abordage pour motiver ses hommes : s’ils ne prennent pas le bâtiment adverse, ils sont mort. (message pas si subliminal sur le retard de Pavillon Noir 2)

C’est ce que l’on appelle en théorie des jeux un engagement crédible. En gros : je mets mes couilles sur la table et je ferais tout ce que je dois faire pour y arriver.

Application au petit monde du JdR…

Et c’est cela qu’un éditeur est censé faire à mon avis. Enfin pas au sens littéral. Ce qui est attendu par les potentiels clients, c’est l’investissement financier et l’implication de l’éditeur. Exit les tirages minables avec des couverture souples, ce n’est pas du tout un bon signe pour la pérennité de la gamme. C’est un signal de faible investissement.

Pour moi le faible investissement d’un éditeur envoie au moins deux informations potentielles :

  • l’éditeur n’a pas les reins financiers très solides ;
  • l’éditeur ne croit pas suffisamment dans sa gamme.

Rien qui ne donne confiance dans l’avenir du produit…

Donc, comment faire confiance à un éditeur qui voudrait prendre des risques et se lancer sur un produit ? Il faut qu’il mette le paquet.

Le financement participatif est une belle illusion, car même si ce qui est annoncé semble faramineux, la réalité peut être en très fort décalage avec les prévisions. Et la vente a déjà été faite sans qu’il ait été possible de juger de l’objet, pas de retour en arrière. Il est donc important de ne pas se laisser aveugler par des promesses mirifiques et regarder ce qui est vraiment fait et sous quels délais. Le vieil adage politique « Les promesses n’engagent que ceux qui y croient » est tellement à propos dans ce cas. Cela peut se comprendre pour un jeune éditeur, mais largement moins pour un éditeur déjà installé avec plusieurs gammes.

Et s’il ne veut pas prendre de risque, l’éditeur se contente de faire une énième version d’un vieux jeu pour les nostalgeek à fort pouvoir d’achat. Sachant pertinemment qu’il se vendra puisque c’est une valeur sûre pour le joueur : il est en terrain connu et cela le renvoie à une époque où souvent il jouait plus.

Que penser alors d’un éditeur qui passe quasiment uniquement par le financement participatif (ou tout autre nom qui ne serait qu’un synonyme dans les faits) ? Encore plus lorsque c’est pour un produit historique et très attendu…

Vous en tirerez la conclusion que vous voulez sur la « bonne santé » du jeu de rôle français.

* parce que les relectures le valent bien, dédicace à Steve Goffaux

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